à propos de doria…
Questions à Doria, la créatrice de…
DORIA SALAMBO
L’histoire de Doria Salambo est d’abord celle d’un duo, d’une association, d’une rencontre. Doria, fraîchement diplômée de l’école Esmod, était une brillante jeune styliste. Bruno, étudiant en communication, fan de cinéma et de sémiologie, tournait des courts métrages. Amis, amoureux, bientôt inséparables, ils eurent bientôt l’idée de travailler ensemble. S’ensuivirent quelques robes vendues aux Halles puis une première collection au succès immédiat et peu après l’ouverture d’une boutique portant le joli nom de Doria Salambo, en hommage à Doria et… à Flaubert.
Depuis vingt-cinq ans il suggère, elle dessine, il analyse, elle ajuste, il commente, elle concrétise… A tel point que Doria n’imagine pas de travailler sans Bruno dont le regard affûté détecte les humeurs de la;`société, les signaux qu’elle émet et les désirs en suspens dans l’air du temps. « Un véritable capteur de tendances », dit-elle de son alter ego.
Parcours, inspiration, Doria répond à nos questions, en toute simplicité…
D’où t’est venu le goût de la mode ?
J’adore dessiner, j’ai toujours voulu en faire un métier. Je n’imaginais pas une vie sans création mais sans poser à l’artiste pour autant. J’ai choisi le stylisme et suivi le cursus de l’école Esmod. J’étais déjà dans le métier lorsque j’ai rencontré Bruno. Nous avons tout de suite compris que nos approches se complétaient !
Quelles sont tes sources d’inspiration ?
J’aime me documenter. Je peux passer des heures en bibliothèque, à étudier des costumes anciens, des tissus, des matières, des gammes de couleurs. Par exemple, Viollet-Le-Duc m’a inspiré, il y a quelques années, une collection très moyenâgeuse. Mes thèmes sont toujours le fruit d’une recherche approfondie. Cependant, des idées peuvent me venir de la visite d’une exposition d’art contemporain, d’un petit musée oublié ou de silhouettes croisées dans la rue… Ma fille et ses amies adolescentes sont aussi une source d’inspiration formidable !
As-tu des modèles ou des tissus fétiches ?
De manière générale, j’aime les formes épurées mais travaillées dans des couleurs ou des imprimés forts. Par exemple, les boubous, les ikats, les tissus ethniques, parfois mélangés entre eux. Je les traite sans folklore, pour leur beauté et leur puissance plastique. Au-delà de l’aspect visuel, nous aimons les matières qui ont « de la main ».
As-tu une saison préférée ?
Sans hésiter : l’été. C’est la saison qui révèlent les corps, permet des formes plus sexy, plus féminines. Des couleurs plus vives, aussi. Je m’y retrouve…
Quels sont les créateurs que tu aimes ?
Côté mode, j’adorais Alexander Mc Queen. J’aime toujours Jean-Paul Gauthier. Et j’apprécie Dries Van Noten qui sait mélanger avec doigté les textiles traditionnels et des formes nettes…
Et les artistes que tu admires le plus?
Je suis impressionnée depuis toujours par le sculpteur Giacometti et les peintres Matisse et Francis Bacon. Parmi les contemporains, j’ai un faible pour les artistes qui aiment… le tissu : Louise Bourgeois, Annette Messager et Yayoi Kusama au milieu de ses pois ! J’ai aussi beaucoup d’admiration pour le travail mon copain le peintre Agam
Tes musiques, livres, films préférés ?
Au risque de passer pour nostalgique, j’avoue écouter surtout la musique des années soixante-dix : Léonard Cohen, les Pink Floyd, Maxime Le Forestier, Bob Dylan… Mais j’apprécie aussi Nora Jones, Charly Winston, Amadou et Myriam ou Idan Raichel Project. Pour les écrivains, ce sont surtout les anglo-saxons qui me captivent : Philippe Roth, David Lodge, Jonathan Coe… Enfin, au cinéma j’aime les comédies italiennes comme « Nous nous sommes tant aimés » ou « L’argent de la vieille ». Fellini, Pasolini ou Bertolucci première période. Sinon, comme dans mon travail, je suis assez « made in France » : Rohmer, Truffaut, la nouvelle vague. L’un de mes films préféré reste « Le Mépris » de Godard.
As-tu un hobby, hormis de ta création ?
Non ! Ou alors ne rien faire… et nager. Si j’étais sur une île déserte, je dessinerai sur le sable, ou dans l’eau, avec les pieds !
Peux-tu nous parler de la prochaine collection ?
En réalité, nous ne faisons plus deux collections par an mais nous sortons de nouveaux modèles en permanence, au rythme de nos envies et des tendances que nous détectons. Mes repères, en ce moment vont vers l’Art Déco, la Vienne 1900 et l’Empire Ottoman… Je suis à la recherche d’une certaine sophistication dans les couleurs, les matières légères et lourdes en association. Les vêtements seront près du corps, simples et féminins avec, toujours, un détail précieux et inattendu !
Comment se passe la fabrication ?
Depuis que la délocalisation a cassé l’appareil industriel français, beaucoup de filateurs et de tisseurs ont disparus mais le peu qui reste est exceptionnel. Nous fabriquons nous-mêmes ou faisons fabriquer beaucoup de nos matières. Ainsi, nous obtenons exactement ce que nous voulons. Pour la fabrication des séries, nous faisons appel à de petits ateliers familiaux qui oeuvrent à moins de cent kilomètres de Paris. Raison pour laquelle nous avons lancé notre label « made in Ile de France ». Ils comptent sur nous autant que nous comptons sur eux. C’est un intérêt mutuel bien compris que nos clientes apprécient et partagent aussi. Ainsi nous pouvons maintenir les prix et la qualité dans de bonnes conditions pour tous.
Propos recueillis par Pascale Nectoux
